Qualité des millésimes à Chablis de 1870 à 1933
Source : "le Vignoble de Chablis" par Albert Pic - 2ème édition
1870 : Récolte de qualité remarquable, mais qui a été malheureusement gaspillée par suite de la guerre et de l’invasion. Qualité moyenne.
1871 : Demi-récolte. Qualité assez bonne.
1872 - 1873 - 1874 : Années à peu près nulles par suite des gelées printanières. Le vignoble est dans la misère.
1875 : Récolte extraordinaire abondante et qui n’a jamais été égalée, à loin près. On ne savait comment loger le vin et des vignerons de villages échangeaient une feuillette de vin contre une feuillette vide. Qualité seulement passable : Vin sans valeur au début.
1876 – 1877 : Petites récoltes.
1878 : Année moyenne, mais très bonne qualité.
1879 : Récolte très médiocre, comme quantité et qualité.
1880 : Par suite du grand hiver 1879 -1880, toutes les vignes ont gelé et au taillage les vignerons ont été obligés de rogner à ras de terre. Il n’y a pas eu de récolte.
1881 : Bonne année. Excellent vin.
1882 – 1883 : Années médiocres.
1884 – 1885 : Très bonnes années comme qualité et quantité.
1886 : La récolte s’annonçait bonne, mais le mildiou, inconnu au vignoble jusqu’à ce jour, a fait son apparition. Les vignerons pris au dépourvu n’ont pas traité leurs vignes qui se sont prématurément défeuillées : d’où année à peine passable comme qualité et quantité.
1887 : Petite année ordinaire.
1888 : La récolte s ‘annonçait magnifique : les vignes étaient chargées de raisins, mais les pluies continuelles ont amené une violente invasion du mildiou et le 1er Septembre elles étaient totalement défeuillées ; ensuite de fortes gelées précoces sont survenues et les raisins encore verts et non garantis par les feuilles ont gelé aux ceps. Désastre complet. Le peu de vin qu’il a été possible de récolter était de qualité absolument exécrable.
1889 – 1890 – 1891 : Années moyennes comme quantité et qualité.
1892 : Récolte réduite par suite d’une forte gelée blanche du mois de Mai. Bon vin.
1893 : Grande année, comme qualité et quantité : c’est le type de la très bonne année réunissant la qualité et la quantité. Vin nerveux, qualité parfaite. Récolte légendaire.
1894 : Récolte abondante ; qualité seulement passable.
1895 : Petite récolte moyenne. Vin de très grande qualité, comme en 1893, mais plus moelleux.
1896 : Beaucoup de vin mais de qualité à peine passable.
1897 : La récolte a été totalement détruite par suite d’une gelée à glace de mois de Mai . Pas vendangé.
1898 – 1899 : Années moyennes comme quantité et assez bonne comme qualité.
1900 : Très bonne récolte comme qualité et quantité.
1901 : Bonne récolte comme quantité ; qualité passable. C’est la dernière récolte convenable produite par les anciennes vignes françaises.
1902 – 1903 : Très médiocres années comme qualité et quantité.
1904 : Bon vin ; rendement satisfaisant.
1905 : Récolte assez abondante. Vin médiocre.
1906 : Récolte abondante dans tous nos environs : malheureusement une formidable chute de grêle a détruit au mois de Mai la récolte de presque tout Chablis ; seul le côté droit de la rivière (les 1ers crus) a été un peu épargné. Qualité parfaite.
1907 – 1908 : Assez bonnes années comme quantité ; passables comme qualité.
1909 : Récolte médiocre sous tous rapports.
1910 : Les vignes n’ont pas gelé, mais des pluies ininterrompues ont amené une telle invasion de mildiou que tous les traitements se sont montrés impuissants à les préserver. Destruction totale de la récolte.
1911 : Peu de vin mais très grande année comme qualité.
1912 – 1913 : Années très médiocres sous tous rapports.
1914 : Qualité assez bonne ; satisfaisante comme quantité.
1915 : Qualité absolument parfaite : quantité moyenne.
1916 : Année très médiocre comme quantité et qualité.
1917 – 1918 : Rendements assez satisfaisants. Assez bonne qualité.
1919 : Très bonne récolte comme quantité. Les vins qu’on espérait excellents, ont causé d’amères déceptions et ont fini maigres et de qualité seulement assez bonne.
1920 : Bonne année comme quantité. Assez bonne comme qualité.
1921 : La récolte à été réduite par suite des gelées de Mai, mais les vins de qualité remarquable et atteignent un degré alcoolique élevé.
1922 : Récolte abondante. Peu estimés au début, ces vins ont fait une très bonne fin.
1923 : Récolte très réduite par suite de gelées de Mai. Bonne qualité.
1924 : Bonne année comme quantité, passable comme qualité.
1925 : Bonne année comme quantité, médiocre comme qualité.
1926 : La récolte a été très réduite par suite des gelées de Mai ; seul Lignorelles a été épargné.Qualité excellente. Les vins atteignent des prix élevés encore jamais pratiqués.
1927 : La gelée, la grêle et la cochylis ont causé des dégâts sérieux, aussi récolte guère supérieure à la précédente comme quantité. Qualité médiocre.
1928 : Les gelées de Mai ont détruit à peu près totalement la récolte, sauf Lignorelles qui a été épargnée. Qualité surfaite et qui a causé bien des déboires. Prix excessifs.
1929 : Bonne année comme quantité ; excellente comme qualité. Les vins ont un degré alcoolique aussi élevé qu’en 1921.
1930 : Les vignes n’ont pas gelé, mais les pluies trop fréquentes ont amené de continuelles attaques de mildiou qui on enlevé les 2/3 de la récolte. Vin médiocre.
1931 : Bonne récolte comme quantité ; qualité ordinaire.
1932 : Récolte satisfaisante comme quantité ; mais la persistance des pluies en fin de saison a empêché la maturation complète des raisins. Qualité ordinaire.
1933 : Petite récolte : les 1ers crus de Chablis ont été ravagés par la grêle. Assez bonne qualité.
Qualité des millésimes à Chablis de 1921 à 1951
Source : issu de la « Revue du Vin de France » n° 153, daté de 1952, "Le vignoble de Chablis" par Raymond Baudouin, de l’Académie du Vin de France.
1952 : L’année se présentait avec une sortie normale de raisins dans les vignes gelées en 1951, mais sortie très faible dans les vignes ayant donné une abondante récolte. La quantité a été réduite par la grêle du 3 Juillet sur une partie des Premiers Crus Séchet et Montée de Tonnerre et pouvant occasionner une perte allant jusqu’à 50% aux climats de Vaillon et Montmain. Les Grands Premiers Crus n’ont pas été touchés ou si peu… A noter qu’ici la majorité des vignerons s’assure contre les risques de grêle. Suivant les pronostics que l’on peut formuler aujourd’hui, au moment où nous mettons sous presse, on prévoit que le vin ne sera ni du 1947, ni du 1921. Le degré maximum ne devrait pas dépasser 13. Ce sera un millésime de qualité, à caractère typique du vin de Chablis, qui devrait mériter la note 14 à 16 sur 20.
1951 : Vins acides que n’a pas atténué la chaptalisation maximum. Les raisins ont été vendangés sans être mûrs. Très médiocre millésime. 3/20. Les Grands Crus ont gelé à 100%, les 9 hectos des déclarations de récoltes ne sont que la vendange d’un mauvais regain. La production a demandé les mêmes prix que pour les vins de 1950. Le consommateur a été réfractaire. Il reste une bonne partie de la récolte à la propriété, certains disent la moitié.
1950 : Très grosse production dépassant en général le maximum autorisé par les décrets des appellations contrôlées, jusqu’à 50 et 60 hectos à l’hectare et 80 à Lignorelles, nous a-t-on dit. Vins frais, vivants, avec une pointe d’acidité prononcée. Année médiocre dans les ordinaires. Satisfaisante dans les Premiers Crus et Grands Premiers Crus. La mise en bouteilles s’imposait en primeur, les vins encore en fûts ont déjà tendance à vieilloter. 11/20.
1949 : Assez bien. Mais n’ont pas donné ce qu’ils promettaient. En principe, la récolte est d’ailleurs épuisée, aussi bien à la propriété que dans les chais du commerce chablisien. Les vins ont tendance à vieilloter. 13/20.
1948 : Année médiocre. 6/20.
1947 : Très grands vins, puissants, 14° étaient en général souvent dépassés. Très agréable en primeur, vins souples et gras, sans acidité. La clientèle s’est littéralement jetée dessus. La récolte a disparu en presque totalité dans le gosier des consommateurs. Le millésime donne actuellement l’impression qu’il ne tiendra que difficilement la distance : 18/20.
1946 : En dessous de la moyenne. 9/20.
1945 : Gelée totale du vignoble. La repousse, le regain, n’a donné qu’une boisson acide qui ne représentait pas 3% d’une récolte normale et ne méritait pas le droit à l’appellation… 4/20.
1944 : Grosse production, un peu le caractère des 1950, mais inférieurs en qualité, car le sucre était distribué avec des tickets et la chaptalisation maximum des 1950 a manqué aux 1944, ce qui abaisse la note à 6/20, alors que nous donnons 11 aux 1950. On jugera ainsi de l’utilité du sucrage à Chablis, dans les années maigres où le soleil se montre avare.
1943 : Bonne année, vins souples. 14/20.
1942 : Année qui promettait et qui a donné des désillusions. 11/20.
1941 : Très médiocre. 3/20.
1940 : Vignoble peu soigné. Les vignerons étaient en exode… Récolte de petite quantité qui n’a pas laissé de souvenirs…
1939 : Enorme production. Pas de soleil. Vins affreux. 0/20.
1938 : Année moyenne. 10/20.
1937 : Très bonne. 16/20.
1936 : Année médiocre, vins maigres. 6/20.
1935 : Année moyenne. Grosse quantité. 10/20.
1934 : Très bonne année. 15/20.
1933 : Bons vins, quantité très réduite. La récolte des Premiers Crus détruite par la grêle. 14/20.
1932 : Quantité assez importante, mais qualité très ordinaire. Les raisins furent vendangés sous la pluie, à peine mûrs. 3/20.
1931 : Récolte satisfaisante en quantité. Qualité médiocre. 3/20.
1930 : Vins médiocres. Pluies continuelles, mildiou. 2/20.
1929 : Quantité et qualité. Degré élevé. N’ont pas tenu la distance. 16,5/20.
1928 : Gelée en Mai, récolte en partie détruite, sauf à Lignorelles. Qualité qui n’a pas tenu ses promesses. 13/20.
1927 : Dégâts très sérieux par la gelée déjà et la grêle ensuite. Qualité très médiocre. 3/20.
1926 : Gelée en Mai (sauf Lignorelles comme en 1928). Qualité très bonne, prix élevés en raison de la première chute du franc. 15,5/20.
1925 : Récolte de quantité, mais de qualité médiocre. 4/20.
1924 : Grosse production. Qualité moyenne. 10/20.
1923 : Gelée en Mai. Récolte très réduite. Bons vins. 15/20.
1922 : Récolte de grosse quantité comme dans l’ensemble du vignoble français, qualité médiocre, mais meilleure que l’on prétendait aux pronostics du début. 9/20.
1921 : Gelée en Mai, récolte très réduite en quantité. Degré élevé. Vins remarquables à déguster. Ici le millésime du demi-siècle. 20/20.
Nos millésimes
Première impressions du millésime 2007
Après un hiver très doux, les vignes, soumises aux conditions quasi estivales des mois d’avril et mai, ont rapidement présenté une croissance végétative d'une rare intensité. Au mois de juin, certaines parcelles affichaient des stades physiologiques qui avaient pratiquement un mois d’avance sur les cycles habituellement observés. Précocité, sécheresse, stress hydrique étaient alors dans les esprits de chacun. Mais un été contrarié par le froid et perturbé par de nombreuses précipitations, parfois orageuses, a inexorablement freiné ce développement. Sans compter la grêle qui s'est abattu sur le vignoble à plusieurs reprises.
Cela a fini par susciter de profondes inquiétudes en termes de maturité, puis d’état sanitaire. Et puis septembre est arrivé. On devrait même plus exactement écrire : la magie de septembre a opéré. Elle a installé durablement un soleil magnifique qui, en ne quittant plus les coteaux jusqu’à la mi-octobre, a asséché les vignes et les terres et a réchauffé les cœurs. Et le vent du nord, sec, très précieux pour préserver les états sanitaires, s'est également mis à souffler. Oui, un vent d’optimisme a alors parcouru Chablis. Mais pour autant, tout restait à faire. Il a fallu attendre pour vendanger chaque parcelle à un bon état de maturité. Ainsi, les vendanges se sont étalées sur 3 semaines, fait suffisamment rare à La Chablisienne pour être relevé.
A la fin des fermentations alcooliques, les expressions aromatiques sont marquées par les arômes de pamplemousse, d’ananas, mais aussi de poire. Conjointement, les fermentations malolactiques ont permis de bien assouplir la perception acide.
Le millésime 2007 devrait incarner le retour à un équilibre très classique des vins de Chablis, alliant pureté, finesse et tension minérale. Commence pour nous le long et patient travail d’élevage…
Millésime 2006
Le millésime 2006 restera le millésime des extrêmes, tant les cycles climatiques qui l’ont rythmé ont tour à tour été restrictifs puis excessifs.
En effet, le temps sec et chaud des mois de juin et juillet aura fait souffrir la vigne, ce qui a engendré notamment coulure et millerandage. Longtemps, le spectre de l'année 2003 (si frais dans nos mémoires) aura plané au-dessus du Chablisien. Mais le scénario de la sécheresse a vite été écarté. Le mois d’août, froid et pluvieux, a permis tout d’abord de corriger la situation avant de susciter lui-même d’autres craintes, tant les précipitations étaient importantes. Mais août a laissé place au soleil de septembre…
Ces conditions climatologiques si particulières ont provoqué une récolte précoce (dès la mi-septembre). Phénomène rare et peut-être même unique, les vendanges commencèrent dans le Chablisien près d’une semaine avant celles de la Côte d’Or.
Bien que né dans des conditions extrêmes, l’équilibre sucre/acidité est réel sur le millésime 2006.
Les premières dégustations ont laissé transparaître des fruits croquants. 2006 est apparu tendre, avenant, en particulier sur les Petit Chablis. Les Chablis et les Crus ont présenté des notes de poires, légèrement épicées, agrémentant et complexifiant leur palette aromatique déjà salivante et profonde. Le travail d’élevage a été fondamental. Il a permis de révéler et de préserver au maximum la tension et l’énergie des vins pour que le côté tendre de 2006 ne soit pas appréhendé comme une sensation de mollesse. Et cette année encore, La Chablisienne a pu s’appuyer sur une de ses armes les plus précieuses : l’assemblage. Présent sur l’ensemble des terroirs par l’intermédiaire de ses adhérents, explorant chaque facette du Chablisien, cette capacité d’assemblage constitue un atout envié et unique. Nous l'avons encore une fois prouvé !
Millésime 2005
Il est toujours très difficile de figer dans le temps et avec certitude les premières impressions ressentis lors d’un nouveau millésime. 2005, présenté très tôt et unanimement comme un grand millésime tient pourtant aujourd’hui toutes ses ambitieuses promesses.
Les dégustations des baies, puis des moûts avaient très rapidement permis de se projeter sur un millésime d’une très belle maturité, d’autant plus que de nombreuses parcelles présentaient des baies millerandées.
Il n’est donc pas surprenant que les premières dégustations des vins après fermentation alcoolique aient alors laissé transparaître une palette aromatique très mature. Les fruits de chardonnay étaient très présents avec notamment des arômes de fleurs blanches, d’abricot et de pêche de vigne. Les fermentations alcooliques ont eu tendance à présenter des cinétiques relativement lentes. Néanmoins, elles n’ont jamais abouti à des arrêts fermentaires ni même à des arômes négatifs liés à des fermentations languissantes. Au contraire, les levures ne semblaient pas stressées ; elles ont juste adopté une cinétique lente mais régulière qui a permis, dans certains cas, de révéler encore mieux la finesse et la complexité intrinsèque des vins.
Ces profils s’illustrent toujours aujourd’hui dans les vins mais ils ont bien sûr, grâce à l’élevage en cuves puis en bouteilles, gagné en complexité, en subtilité et en caractère. L’acidité est linéaire et salivante. Elle accompagne le vin tout au long de la prise en bouche sans jamais le crisper comme cela pouvait être le cas en 2004 par exemple. Finement iodée et légèrement épicée, les fins de bouches affirment une identité Chablisienne évidente et racée.
Il est toujours très difficile, dangereux et hasardeux de se risquer au jeu des comparaisons. Mais 2005, en intégrant le fait qu’il soit plus hétérogène que 2002 dans sa présentation, devrait néanmoins présenter quelques cuvées se rapprochant si ce n’est plus de ce millésime d’exception.
Millésime 2004
Le millésime 2004 nous aura apporté son lot de peur et d’inquiétude. L’angoisse aura atteint son paroxysme à la fin du mois d’août. En effet, le mauvais temps rencontré au printemps et durant l’été laissait alors présager de grandes difficultés à atteindre des maturités intéressantes. D’autant plus que les charges des vignes s’avéraient importantes.
Heureusement, le mois de Septembre, très généreux, s’est surpassé pour faire oublier ces conditions climatiques pluvieuses. D’ailleurs, à Chablis peut être encore plus qu’ailleurs, ce mois de septembre est souvent décisif et conditionne chaque année en grande partie la réussite d’un millésime. 2004 n’échappe donc pas à la règle. Et si en 2001, septembre avait mis à mal une partie de nos espoirs, cette année, il nous a permis d’obtenir, presque à lui tout seul, des équilibres sucre/acide et un état sanitaire très favorable.
Les vendanges ont ainsi commencé le 29 septembre mais plus de 60 % de la récolte a été rentrée entre le samedi 2 et le jeudi 7 octobre. Les fermentations alcooliques se sont déroulées sans encombre et ont rapidement offert des vins qui présentaient une palette aromatique fruité, allant de l’agrume aux fruits à chaire blanche.
La fermentation malolactique a alors pleinement participé à l’obtention d’équilibre à travers une acidité rafraîchissante qui confère au millésime une identité et un caractère Chablisien très affirmé.
Convaincu depuis toujours de la richesse et des atouts de longs élevages sur lies fines, La Chablisienne est parvenu à pleinement révéler ce millésime classique et noble par excellence.
Dossier de presse





