Qualité des millésimes à Chablis de 1870 à 1933

Source : "le Vignoble de Chablis" par Albert Pic - 2ème édition

1870 : Récolte de qualité remarquable, mais qui a été malheureusement gaspillée par suite de la guerre et de l’invasion. Qualité moyenne.

1871 : Demi-récolte. Qualité assez bonne.

1872 - 1873 - 1874 : Années à peu près nulles par suite des gelées printanières. Le vignoble est dans la misère.

1875 : Récolte extraordinaire abondante et qui n’a jamais été égalée, à loin près. On ne savait comment loger le vin et des vignerons de villages échangeaient une feuillette de vin contre une feuillette vide. Qualité seulement passable : Vin sans valeur au début.

1876 – 1877 : Petites récoltes.

1878 : Année moyenne, mais très bonne qualité.

1879 : Récolte très médiocre, comme quantité et qualité.

1880 : Par suite du grand hiver 1879 -1880, toutes les vignes ont gelé et au taillage les vignerons ont été obligés de rogner à ras de terre. Il n’y a pas eu de récolte.

1881 : Bonne année. Excellent vin.

1882 – 1883 : Années médiocres.

1884 – 1885 : Très bonnes années comme qualité et quantité.

1886 : La récolte s’annonçait bonne, mais le mildiou, inconnu au vignoble jusqu’à ce jour, a fait son apparition. Les vignerons pris au dépourvu n’ont pas traité leurs vignes qui se sont prématurément défeuillées : d’où année à peine passable comme qualité et quantité.

1887 : Petite année ordinaire.

1888 : La récolte s ‘annonçait magnifique : les vignes étaient chargées de raisins, mais les pluies continuelles ont amené une violente invasion du mildiou et le 1er Septembre elles étaient totalement défeuillées ; ensuite de fortes gelées précoces sont survenues et les raisins encore verts et non garantis par les feuilles ont gelé aux ceps. Désastre complet. Le peu de vin qu’il a été possible de récolter était de qualité absolument exécrable.

1889 – 1890 – 1891 : Années moyennes comme quantité et qualité.

1892 : Récolte réduite par suite d’une forte gelée blanche du mois de Mai. Bon vin.

1893 : Grande année, comme qualité et quantité : c’est le type de la très bonne année réunissant la qualité et la quantité. Vin nerveux, qualité parfaite. Récolte légendaire.

1894 : Récolte abondante ; qualité seulement passable.

1895 : Petite récolte moyenne. Vin de très grande qualité, comme en 1893, mais plus moelleux.

1896 : Beaucoup de vin mais de qualité à peine passable.

1897 : La récolte a été totalement détruite par suite d’une gelée à glace de mois de Mai . Pas vendangé.

1898 – 1899 : Années moyennes comme quantité et assez bonne comme qualité.

1900 : Très bonne récolte comme qualité et quantité.

1901 : Bonne récolte comme quantité ; qualité passable. C’est la dernière récolte convenable produite par les anciennes vignes françaises.

1902 – 1903 : Très médiocres années comme qualité et quantité.

1904 : Bon vin ; rendement satisfaisant.

1905 : Récolte assez abondante. Vin médiocre.

1906 : Récolte abondante dans tous nos environs : malheureusement une formidable chute de grêle a détruit au mois de Mai la récolte de presque tout Chablis ; seul le côté droit de la rivière (les 1ers crus) a été un peu épargné. Qualité parfaite.

1907 – 1908 : Assez bonnes années comme quantité ; passables comme qualité.

1909 : Récolte médiocre sous tous rapports.

1910 : Les vignes n’ont pas gelé, mais des pluies ininterrompues ont amené une telle invasion de mildiou que tous les traitements se sont montrés impuissants à les préserver. Destruction totale de la récolte.

1911 : Peu de vin mais très grande année comme qualité.

1912 – 1913 : Années très médiocres sous tous rapports.

1914 : Qualité assez bonne ; satisfaisante comme quantité.

1915 : Qualité absolument parfaite : quantité moyenne.

1916 : Année très médiocre comme quantité et qualité.

1917 – 1918 : Rendements assez satisfaisants. Assez bonne qualité.

1919 : Très bonne récolte comme quantité. Les vins qu’on espérait excellents, ont causé d’amères déceptions et ont fini maigres et de qualité seulement assez bonne.

1920 : Bonne année comme quantité. Assez bonne comme qualité.

1921 : La récolte à été réduite par suite des gelées de Mai, mais les vins de qualité remarquable et atteignent un degré alcoolique élevé.

1922 : Récolte abondante. Peu estimés au début, ces vins ont fait une très bonne fin.

1923 : Récolte très réduite par suite de gelées de Mai. Bonne qualité.

1924 : Bonne année comme quantité, passable comme qualité.

1925 : Bonne année comme quantité, médiocre comme qualité.

1926 : La récolte a été très réduite par suite des gelées de Mai ; seul Lignorelles a été épargné.Qualité excellente. Les vins atteignent des prix élevés encore jamais pratiqués.

1927 : La gelée, la grêle et la cochylis ont causé des dégâts sérieux, aussi récolte guère supérieure à la précédente comme quantité. Qualité médiocre.

1928 : Les gelées de Mai ont détruit à peu près totalement la récolte, sauf Lignorelles qui a été épargnée. Qualité surfaite et qui a causé bien des déboires. Prix excessifs.

1929 : Bonne année comme quantité ; excellente comme qualité. Les vins ont un degré alcoolique aussi élevé qu’en 1921.

1930 : Les vignes n’ont pas gelé, mais les pluies trop fréquentes ont amené de continuelles attaques de mildiou qui on enlevé les 2/3 de la récolte. Vin médiocre.

1931 : Bonne récolte comme quantité ; qualité ordinaire.

1932 : Récolte satisfaisante comme quantité ; mais la persistance des pluies en fin de saison a empêché la maturation complète des raisins. Qualité ordinaire.

1933 : Petite récolte : les 1ers crus de Chablis ont été ravagés par la grêle. Assez bonne qualité.

Qualité des millésimes à Chablis de 1921 à 1951

Source : issu de la « Revue du Vin de France » n° 153, daté de 1952, "Le vignoble de Chablis" par Raymond Baudouin, de l’Académie du Vin de France.

1952 : L’année se présentait avec une sortie normale de raisins dans les vignes gelées en 1951, mais sortie très faible dans les vignes ayant donné une abondante récolte. La quantité a été réduite par la grêle du 3 Juillet sur une partie des Premiers Crus Séchet et Montée de Tonnerre et pouvant occasionner une perte allant jusqu’à 50% aux climats de Vaillon et Montmain. Les Grands Premiers Crus n’ont pas été touchés ou si peu… A noter qu’ici la majorité des vignerons s’assure contre les risques de grêle. Suivant les pronostics que l’on peut formuler aujourd’hui, au moment où nous mettons sous presse, on prévoit que le vin ne sera ni du 1947, ni du 1921. Le degré maximum ne devrait pas dépasser 13. Ce sera un millésime de qualité, à caractère typique du vin de Chablis, qui devrait mériter la note 14 à 16 sur 20.


1951 : Vins acides que n’a pas atténué la chaptalisation maximum. Les raisins ont été vendangés sans être mûrs. Très médiocre millésime. 3/20. Les Grands Crus ont gelé à 100%, les 9 hectos des déclarations de récoltes ne sont que la vendange d’un mauvais regain. La production a demandé les mêmes prix que pour les vins de 1950. Le consommateur a été réfractaire. Il reste une bonne partie de la récolte à la propriété, certains disent la moitié.


1950 : Très grosse production dépassant en général le maximum autorisé par les décrets des appellations contrôlées, jusqu’à 50 et 60 hectos à l’hectare et 80 à Lignorelles, nous a-t-on dit. Vins frais, vivants, avec une pointe d’acidité prononcée. Année médiocre dans les ordinaires. Satisfaisante dans les Premiers Crus et Grands Premiers Crus. La mise en bouteilles s’imposait en primeur, les vins encore en fûts ont déjà tendance à vieilloter. 11/20.


1949 : Assez bien. Mais n’ont pas donné ce qu’ils promettaient. En principe, la récolte est d’ailleurs épuisée, aussi bien à la propriété que dans les chais du commerce chablisien. Les vins ont tendance à vieilloter. 13/20.


1948 : Année médiocre. 6/20.


1947 : Très grands vins, puissants, 14° étaient en général souvent dépassés. Très agréable en primeur, vins souples et gras, sans acidité. La clientèle s’est littéralement jetée dessus. La récolte a disparu en presque totalité dans le gosier des consommateurs. Le millésime donne actuellement l’impression qu’il ne tiendra que difficilement la distance : 18/20.


1946 : En dessous de la moyenne. 9/20.


1945 : Gelée totale du vignoble. La repousse, le regain, n’a donné qu’une boisson acide qui ne représentait pas 3% d’une récolte normale et ne méritait pas le droit à l’appellation… 4/20.


1944 : Grosse production, un peu le caractère des 1950, mais inférieurs en qualité, car le sucre était distribué avec des tickets et la chaptalisation maximum des 1950 a manqué aux 1944, ce qui abaisse la note à 6/20, alors que nous donnons 11 aux 1950. On jugera ainsi de l’utilité du sucrage à Chablis, dans les années maigres où le soleil se montre avare.


1943 : Bonne année, vins souples. 14/20.


1942 : Année qui promettait et qui a donné des désillusions. 11/20.


1941 : Très médiocre. 3/20.


1940 : Vignoble peu soigné. Les vignerons étaient en exode… Récolte de petite quantité qui n’a pas laissé de souvenirs…


1939 : Enorme production. Pas de soleil. Vins affreux. 0/20.


1938 : Année moyenne. 10/20.


1937 : Très bonne. 16/20.


1936 : Année médiocre, vins maigres. 6/20.


1935 : Année moyenne. Grosse quantité. 10/20.


1934 : Très bonne année. 15/20.


1933 : Bons vins, quantité très réduite. La récolte des Premiers Crus détruite par la grêle. 14/20.


1932 : Quantité assez importante, mais qualité très ordinaire. Les raisins furent vendangés sous la pluie, à peine mûrs. 3/20.


1931 : Récolte satisfaisante en quantité. Qualité médiocre. 3/20.


1930 : Vins médiocres. Pluies continuelles, mildiou. 2/20.


1929 : Quantité et qualité. Degré élevé. N’ont pas tenu la distance. 16,5/20.


1928 : Gelée en Mai, récolte en partie détruite, sauf à Lignorelles. Qualité qui n’a pas tenu ses promesses. 13/20.


1927 : Dégâts très sérieux par la gelée déjà et la grêle ensuite. Qualité très médiocre. 3/20.


1926 : Gelée en Mai (sauf Lignorelles comme en 1928). Qualité très bonne, prix élevés en raison de la première chute du franc. 15,5/20.


1925 : Récolte de quantité, mais de qualité médiocre. 4/20.


1924 : Grosse production. Qualité moyenne. 10/20.


1923 : Gelée en Mai. Récolte très réduite. Bons vins. 15/20.


1922 : Récolte de grosse quantité comme dans l’ensemble du vignoble français, qualité médiocre, mais meilleure que l’on prétendait aux pronostics du début. 9/20.


1921 : Gelée en Mai, récolte très réduite en quantité. Degré élevé. Vins remarquables à déguster. Ici le millésime du demi-siècle. 20/20.




Nos millésimes

Impressions du millésime 2011

Le millésime 2011 a commencé par un épisode de sécheresse,
alors même qu’à la sortie de l’hiver les réserves hydriques étaient déjà relativement basses. Puis le printemps a été marqué par des températures quasi-estivales, ce qui a provoqué une forte accélération du  développement de la vigne…
Le futur millésime a très tôt été marqué du sceau de la précocité : trois semaines d’avance par rapport à l’année précédente. C’est donc sous de bons hospices que s’est déroulée la floraison, associant qualité et quantité.
Malgré un bref épisode caniculaire fin juin, l’été a été plutôt maussade avec des précipitations importantes. Nous avons même connu un épisode de grêle à la fin du mois de juin sur la rive droite (zone des grands crus), heureusement sans aucune incidence qualitative.
Une fois encore, c’est à l’aube des vendanges, fin août, que la nature s’est montrée favorable aux vignerons : une belle accalmie ensoleillée a permis l’achèvement de la maturation des raisins et ainsi la constitution d’un bel équilibre entre sucres et acidité.
Dès le 1er septembre, les terroirs les plus précoces ont été vendangés. Très vite la franchise et l’équilibre des premiers jus nous ont conforté  quant au potentiel de ce millésime. Les vendanges se sont finalement étalées sur une vingtaine de jours, dans de bonnes conditions météorologiques, marquées par  des périodes chaudes (jusqu’à 30°C les samedi 10 et 17 septembre) qui nous ont permis de tester avec succès la réactivité et la capacité d’adaptation de notre système de réception.
Quant aux fermentations alcooliques elles se sont déroulées dans de bonnes conditions et ont permis aux premiers vins de révéler des arômes de fruits à chair blanche (poire) relevés par des notes d’agrumes rafraîchissantes et une bouche prometteuse combinant volume et droiture. La précocité du millésime s’est retrouvée dans  le déroulement des fermentations puisque une grande majorité des vins avaient achevé leur "Malo" avant Noël.
A la suite du premier soutirage les vins ont commencé le long processus d’élevage sur lies fines dont  les modalités  et  la durée sont adaptées à chaque cuvée. Cela peut aller de quelques mois pour un petit chablis mis en bouteille précocement pour garder toute sa fraicheur et son caractère fruité,  aux Grands Crus qui patientent sur leurs lies jusqu’à 18 mois au total, permettant de révéler toute la profondeur et la complexité  de ces terroirs d’exception.
Les nombreuses dégustations que nous réalisons pour suivre et conduire ce millésime 2011 nous permettent de confirmer tout le bien que nous en pensions dès les vendanges. Les vins sont équilibrés, expressifs (sur des notes de fruits mûrs à chair blanche, d’agrumes et d’épices) et devraient être accessibles tôt grâce à une acidité discrète. Malgré tout, cette fameuse minéralité  si caractéristique de nos Chablis est bien présente ce qui souligne le bien fondé de nos élevages longs qui sont  une des clefs pour révéler l’équilibre des vins et parvenir à cette tension, cette énergie signature de notre maison.

 

Premières impressions du millésime 2010

Le millésime 2010 a débuté par une floraison perturbée en raison d’une alternance de périodes chaudes et plus fraîches, et s’est ainsi étalée sur presque 2 semaines. Cela a généré du millerandage (petites baies dues à une mauvaise fécondation des fleurs) notamment sur les secteurs précoces, laissant entrevoir une légère baisse de volume à la récolte. Les conditions météorologiques ont ensuite été plus favorables… jusqu’au 15 août. Ce week-end là, il est tombé entre 55 et 80 mm de pluie selon les communes. Puis ce fût un régime d’alternance de chaleur et d’averses durant un mois, ce qui a favorisé l’installation d’un champignon noble sur le raisin : le Botrytis cynérea. Nous avons donc encore accru la surveillance du vignoble pour maîtriser l’aspect sanitaire au plus prés.
Une fois encore, la date de démarrage de la vendange a été déterminante. Profitant d’une fenêtre météo favorable, nous avons démarré le lundi 20 septembre. Dès les premiers jours, de très grosses quantités de raisin ont pu être récoltées dans d’excellentes conditions et à la fin de la semaine, les 2/3 de la récolte étaient à l'abri. La dégradation annoncée par la suite n’a finalement été que très modérée. Ainsi, nous avons pu vendanger ce millésime 2010 en une dizaine de jours environ, contre 14 habituellement.
Nos craintes liées au développement de Botrytis cynérea se sont très vites estompées quand, au fur et à mesure de la dégustation des moûts, nous avons pu constater une parfaite netteté aromatique, mais aussi une très grande richesse des jus. Ce champignon s’est en fait développé de façon bénéfique pour le raisin, tel qu’il le fait dans les régions de production de vins liquoreux. :il a concentré les baies de raisin, sans apporter une quelconque déviation aromatique.
Les fermentations alcooliques se sont très bien déroulées et aujourd’hui, les vins présentent la même netteté aromatique que les moûts. Les arômes dominants sont des arômes d’agrumes, avec notamment le pamplemousse rose, mais aussi, beaucoup de fruit à chair comme la pêche. La structure des vins est bien équilibrée, avec une légère pointe d’acidité, qui se fondra après les fermentations malolactiques.
 

Impressions du millésime 2009

Après trois millésimes marqués par une météorologie capricieuse, nous avons enfin retrouvé un profil normal cette année ! Un hiver pluvieux, idéal pour conforter les réserves en eaux des sols, un printemps agréable et un été sec ont contribué à une maturité douce et optimale des baies. De plus, les vendanges ont débuté avec 11 jours d’avance par rapport à 2008. Ce qui permet ainsi de mettre à l’abri les raisins avant les premières pluies de septembre. L’état sanitaire général des raisins était donc excellent. On a même cru un instant que l’on risquait une surmaturation. Cette météo stable a donné à chacun la possibilité d’attendre pour vendanger chaque parcelle au moment juste.

Le lundi 14 septembre, date d’ouverture de la cave, nous fûmes d’emblée dans le vif du sujet. Nous avons en effet reçu ce premier jour de vendange la quantité de jus que nous recevons habituellement au bout de 4 jours de récolte. La montée en puissance a été immédiate, dès le lendemain.

Nous avons ainsi pu constater que la qualité des moûts était bel et bien au rendez-vous. Nos craintes sur l’équilibre des jus se sont très vite estompées. Les moûts, outre leur pureté aromatique, présentaient une très grande richesse en bouche. Les acidités étaient belles, ce qui favorise la typicité de nos vins et leur potentiel d’évolution. Les fermentations alcooliques ont démarré rapidement. À l’issue de celles-ci, la complexité et la finesse furent au rendez-vous avec des notes de poire, de pêche blanche, d’agrumes et de fruits exotiques. La structure et l’équilibre en bouche des vins à ce stade ont confirmé nos impressions initiales. Les fermentations malolactiques ont suivi rapidement derrière, et se sont terminées avant Noël.

Aujourd’hui, alors que démarre le long travail d’élevage, nous avons le sentiment que le millésime 2009 est extrêmement prometteur…
 

Millésime 2008

“Jamais deux sans trois”. Après 2006 puis 2007, 2008 a ainsi de nouveau été “sauvé des eaux” par le providentiel mois de septembre. Par le Dieu Septembre serait-on même tenté de dire tant la Bourgogne viticole, si elle lui a toujours été reconnaissante, lui doit une fière chandelle ces dernières années.

En effet, la nature a pris, depuis 3 millésimes, un malin plaisir à jouer avec nos nerfs. Et si en 2006 et 2007, après des étés plutôt pluvieux et sources d’inquiétudes, elle avait su “libérer” un soleil généreux et salvateur dès les premiers jours de septembre, il nous aura fallu attendre cette fois le 15 septembre pour qu’elle daigne enfin nous accorder sa clémence.

Auparavant, elle avait concentré toute l’attention et le savoir-faire des vignerons en soumettant la vigne à une floraison délicate (parfois accompagnée de coulure et de millerandage) et à une pression maladie rarement rencontrée. Mais, à l’approche des vendanges, comme pour mieux se faire pardonner, elle rivalisa de subtilités et de talents pour nous offrir tout ce dont on rêvait. Elle composa une valse à 4 temps sans discontinuer pendant plus d’un mois : journées ensoleillées, luminosité, nuits fraîches et vent du nord. L’équation magique. Le Chardonnay a alors puisé à pleine sève dans les sols et sous-sols du Kimméridgien.


Ces conditions particulières se montrèrent tout d’abord très précieuses pour
préserver les états sanitaires. Elles permirent aussi aux vignes d’assurer une photosynthèse très qualitative qui accompagna les étapes clés de la maturation.
Enfin, le vent du nord, très sec, induit une concentration des raisins qui, si elle engendra inévitablement une baisse parfois importante des rendements, s’avéra néanmoins décisive dans la genèse du millésime 2008.

Chacun aura ainsi pu attendre la date optimale pour démarrer la récolte en fonction de l’état de maturité de ses raisins. Les premiers moûts ont été rentrés le jeudi 25 septembre. La montée en puissance a été progressive pour atteindre un pic au milieu de la semaine suivante. On déplorera toutefois quelques averses de grêles au cours de cette semaine qui ont eu un impact sur les volumes mais n’ont heureusement pas altéré la qualité du millésime.

Patience, minutie, expérience et passion marquèrent alors de leur sceau chaque décision ou orientation œnologique retenue. Aujourd’hui, après des vinifications “haute couture”, les dégustations livrent progressivement les caractéristiques d’un millésime 2008 qui n’en finit plus de nous surprendre…

De cuves en cuves, chaque terroir exprime déjà un caractère affirmé et trouve, dans le millésime 2008, une année à la hauteur de sa capacité d’expression. Les nez sont purs, cristallins et marient les arômes de fruits à noyaux à ceux des agrumes. En bouche, la fraîcheur est florale, la minéralité claque déjà sur la langue et ne laisse aucun doute sur l’identité des vins. L’acidité est parfaitement équilibrée par un très beau volume en bouche, ce qui nous donne des vins avec une certaine souplesse et déjà une très belle longueur.

Le millésime 2008 n’a bien sûr heureusement pas fini de nous livrer tous ses secrets et il nous faut maintenant patiemment attendre. Mais, on peut néanmoins penser que le millésime 2008 semble taillé pour un long et beau voyage. Il nous renvoie pratiquement 20 ans en arrière et renoue avec des caractéristiques que l’on avait finies par presque oublier ! Il rompt très clairement avec les derniers millésimes où la précocité des stades végétatifs (10 jours en moyenne pour la floraison, 20 jours pour la fermeture de la grappe) semblait dessiner un réchauffement climatique irréversible.

Millésime 2007

Comme 2006, l’année 2007 fut placée sous le signe de la chaleur. Avril ressembla à un mois de juin avec notamment des températures moyennes très largement supérieures aux normales. La durée d’ensoleillement pour ce mois d’avril n’a jamais été aussi importante puisque le soleil a brillé près de deux fois plus longtemps que la normale saisonnière. Ces conditions exceptionnelles ont hâté la croissance végétative et l’avance acquise s’est maintenue pendant la floraison et la nouaison. Cependant, l’été fut moins ensoleillé, pluvieux parfois avec des températures légèrement inférieures à la normale. Fort heureusement, avec le mois de septembre, l’ensoleillement est redevenu conforme à la saison. Le soleil s’est installé durablement jusqu’à la mi-octobre et en association avec le vent du nord, sec et réparateur, il a permis de réaliser les vendanges dans de bonnes conditions, ce qui était inespéré quelques semaines auparavant.

Les vendanges ont commencé tranquillement la première semaine de septembre pour s’achever les derniers jours du même mois. Ce début, à nouveau précoce pour le vignoble chablisien, sera suivi de plus de trois semaines de vendanges quasi ininterrompues grâce aux excellentes conditions climatiques. Ce délai a permis de récolter un très grand nombre de parcelles avec une maturité optimale et un profil acidité/richesse équilibré. Malheureusement, nous avons aussi constaté de très faibles rendements (30 % de la récolte normale) sur les terroirs de Montée de Tonnerre et de Mont de Milieu, suite aux trois passages successifs de la grêle en mai, juin et juillet. Belle consolation, la concentration sera au rendez-vous. Le domaine de Château Grenouilles a été vendangé, entièrement à la main, entre le 6 et le 11 septembre. L’état sanitaire était presque parfait, il y a donc eu peu de travail à la table de tri.

Si les vins de Petit Chablis et de Chablis sont majoritairement vinifiés en cuves inox, les très belles cuvées de Chablis, les Premiers Crus et les Grands Crus, ainsi que Château Grenouilles sont vinifiés en partie en contact avec le bois. Les fermentations alcooliques et malolactiques se sont déroulées sans encombre. Afin de révéler une belle présentation de toutes les caractéristiques de chaque appellation et de chaque terroir, nous avons opté pour des élevages longs sur lies fines pour l’ensemble des grandes cuvées de La Chablisienne. Ainsi, beaucoup de vins ont été mis en bouteilles entre 15 et 18 mois après la récolte, ce qui constitue une pratique relativement rare
à Chablis.

À ce jour, nos vins présentent au nez les caractères aromatiques du millésime, à savoir une palette mêlant les zestes d’agrumes avec des notes florales et végétales nobles. En bouche, ils dévoilent, en contrepoint avec la richesse déjà sensible, de la tension, de l’énergie et une pureté minérale pour les plus grands terroirs. Le millésime 2007 renoue avec le style “classique” des vins de Chablis. Bonne nouvelle, la maturité apparaîtra sans se faire trop attendre.

Millésime 2006

Le millésime 2006 restera le millésime des extrêmes, tant les cycles climatiques qui l’ont rythmé ont tour à tour été restrictifs puis excessifs.

En effet, le temps sec et chaud des mois de juin et juillet aura fait souffrir la vigne, ce qui a engendré notamment coulure et millerandage. Longtemps, le spectre de l'année 2003 (si frais dans nos mémoires) aura plané au-dessus du Chablisien. Mais le scénario de la sécheresse a vite été écarté. Le mois d’août, froid et pluvieux, a permis tout d’abord de corriger la situation avant de susciter lui-même d’autres craintes, tant les précipitations étaient importantes. Mais août a laissé place au soleil de septembre…

Ces conditions climatologiques si particulières ont provoqué une récolte précoce (dès la mi-septembre). Phénomène rare et peut-être même unique, les vendanges commencèrent dans le Chablisien près d’une semaine avant celles de la Côte d’Or.

Bien que né dans des conditions extrêmes, l’équilibre sucre/acidité est réel sur le millésime 2006.

Les premières dégustations ont laissé transparaître des fruits croquants. 2006 est apparu tendre, avenant, en particulier sur les Petit Chablis. Les Chablis et les Crus ont présenté des notes de poires, légèrement épicées, agrémentant et complexifiant leur palette aromatique déjà salivante et profonde. Le travail d’élevage a été fondamental. Il a permis de révéler et de préserver au maximum la tension et l’énergie des vins pour que le côté tendre de 2006 ne soit pas appréhendé comme une sensation de mollesse. Et cette année encore, La Chablisienne a pu s’appuyer sur une de ses armes les plus précieuses : l’assemblage. Présent sur l’ensemble des terroirs par l’intermédiaire de ses adhérents, explorant chaque facette du Chablisien, cette capacité d’assemblage constitue un atout envié et unique. Nous l'avons encore une fois prouvé !

Millésime 2005

Il est toujours très difficile de figer dans le temps et avec certitude les premières impressions ressentis lors d’un nouveau millésime. 2005, présenté très tôt et unanimement comme un grand millésime tient pourtant aujourd’hui toutes ses ambitieuses promesses.
Les dégustations des baies, puis des moûts avaient très rapidement permis de se projeter sur un millésime d’une très belle maturité, d’autant plus que de nombreuses parcelles présentaient des baies millerandées.
Il n’est donc pas surprenant que les premières dégustations des vins après fermentation alcoolique aient alors laissé transparaître une palette aromatique très mature. Les fruits de chardonnay étaient très présents avec notamment des arômes de fleurs blanches, d’abricot et de pêche de vigne. Les fermentations alcooliques ont eu tendance à présenter des cinétiques relativement lentes. Néanmoins, elles n’ont jamais abouti  à des arrêts fermentaires ni même à des arômes négatifs liés à des fermentations languissantes. Au contraire, les levures ne semblaient pas stressées ; elles ont juste adopté une cinétique lente mais régulière qui a permis, dans certains cas, de révéler encore mieux la finesse et la complexité intrinsèque des vins.
Ces profils s’illustrent toujours aujourd’hui dans les vins mais ils ont bien sûr, grâce à l’élevage en cuves puis en bouteilles, gagné en complexité, en subtilité et en caractère.   L’acidité est  linéaire et salivante. Elle accompagne le vin tout au long de la prise en bouche sans jamais le crisper comme cela pouvait être le cas en 2004 par exemple. Finement iodée et légèrement épicée, les fins de bouches affirment une identité Chablisienne évidente et racée.
Il est toujours très difficile, dangereux et hasardeux de se risquer au jeu des comparaisons. Mais 2005, en intégrant le fait qu’il soit plus hétérogène que 2002 dans sa présentation,  devrait néanmoins présenter quelques cuvées se rapprochant si ce n’est plus de ce millésime d’exception.

 

Millésime 2004

Le millésime 2004 nous aura apporté son lot de peur et d’inquiétude. L’angoisse aura atteint son paroxysme à la fin du mois d’août. En effet, le mauvais temps rencontré au printemps et durant l’été laissait alors présager de grandes difficultés à atteindre des maturités intéressantes. D’autant plus que les charges des vignes s’avéraient importantes.
Heureusement, le mois de Septembre, très généreux, s’est surpassé pour faire oublier ces conditions climatiques pluvieuses. D’ailleurs, à Chablis peut être encore plus qu’ailleurs, ce mois de septembre est souvent décisif et conditionne chaque année en grande partie la réussite d’un millésime. 2004 n’échappe donc pas à la règle. Et si en 2001, septembre avait mis à mal une partie de nos espoirs, cette année, il nous a permis d’obtenir, presque à lui tout seul, des équilibres sucre/acide et un état sanitaire très favorable.
Les vendanges ont ainsi commencé le 29 septembre mais plus de 60 % de la récolte a été rentrée entre le samedi 2 et le jeudi 7 octobre. Les fermentations alcooliques se sont déroulées sans encombre et ont rapidement offert  des vins qui présentaient une palette aromatique fruité, allant de l’agrume aux fruits à chaire blanche.
La fermentation malolactique a alors pleinement participé à l’obtention d’équilibre à travers une acidité rafraîchissante  qui confère au millésime une identité et un caractère Chablisien très affirmé.
Convaincu depuis toujours de la richesse et des atouts de longs élevages sur lies fines, La Chablisienne est parvenu à pleinement révéler ce millésime classique et noble par excellence.

 

Dossier de presse

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