Qualité des millésimes à Chablis de 1921 à 1951

Source : issu de la « Revue du Vin de France » n° 153, daté de 1952, "Le vignoble de Chablis" par Raymond Baudouin, de l’Académie du Vin de France.

1952 : L’année se présentait avec une sortie normale de raisins dans les vignes gelées en 1951, mais sortie très faible dans les vignes ayant donné une abondante récolte. La quantité a été réduite par la grêle du 3 Juillet sur une partie des Premiers Crus Séchet et Montée de Tonnerre et pouvant occasionner une perte allant jusqu’à 50% aux climats de Vaillon et Montmain. Les Grands Premiers Crus n’ont pas été touchés ou si peu… A noter qu’ici la majorité des vignerons s’assure contre les risques de grêle. Suivant les pronostics que l’on peut formuler aujourd’hui, au moment où nous mettons sous presse, on prévoit que le vin ne sera ni du 1947, ni du 1921. Le degré maximum ne devrait pas dépasser 13. Ce sera un millésime de qualité, à caractère typique du vin de Chablis, qui devrait mériter la note 14 à 16 sur 20.


1951 : Vins acides que n’a pas atténué la chaptalisation maximum. Les raisins ont été vendangés sans être mûrs. Très médiocre millésime. 3/20. Les Grands Crus ont gelé à 100%, les 9 hectos des déclarations de récoltes ne sont que la vendange d’un mauvais regain. La production a demandé les mêmes prix que pour les vins de 1950. Le consommateur a été réfractaire. Il reste une bonne partie de la récolte à la propriété, certains disent la moitié.


1950 : Très grosse production dépassant en général le maximum autorisé par les décrets des appellations contrôlées, jusqu’à 50 et 60 hectos à l’hectare et 80 à Lignorelles, nous a-t-on dit. Vins frais, vivants, avec une pointe d’acidité prononcée. Année médiocre dans les ordinaires. Satisfaisante dans les Premiers Crus et Grands Premiers Crus. La mise en bouteilles s’imposait en primeur, les vins encore en fûts ont déjà tendance à vieilloter. 11/20.


1949 : Assez bien. Mais n’ont pas donné ce qu’ils promettaient. En principe, la récolte est d’ailleurs épuisée, aussi bien à la propriété que dans les chais du commerce chablisien. Les vins ont tendance à vieilloter. 13/20.


1948 : Année médiocre. 6/20.


1947 : Très grands vins, puissants, 14° étaient en général souvent dépassés. Très agréable en primeur, vins souples et gras, sans acidité. La clientèle s’est littéralement jetée dessus. La récolte a disparu en presque totalité dans le gosier des consommateurs. Le millésime donne actuellement l’impression qu’il ne tiendra que difficilement la distance : 18/20.


1946 : En dessous de la moyenne. 9/20.


1945 : Gelée totale du vignoble. La repousse, le regain, n’a donné qu’une boisson acide qui ne représentait pas 3% d’une récolte normale et ne méritait pas le droit à l’appellation… 4/20.


1944 : Grosse production, un peu le caractère des 1950, mais inférieurs en qualité, car le sucre était distribué avec des tickets et la chaptalisation maximum des 1950 a manqué aux 1944, ce qui abaisse la note à 6/20, alors que nous donnons 11 aux 1950. On jugera ainsi de l’utilité du sucrage à Chablis, dans les années maigres où le soleil se montre avare.


1943 : Bonne année, vins souples. 14/20.


1942 : Année qui promettait et qui a donné des désillusions. 11/20.


1941 : Très médiocre. 3/20.


1940 : Vignoble peu soigné. Les vignerons étaient en exode… Récolte de petite quantité qui n’a pas laissé de souvenirs…


1939 : Enorme production. Pas de soleil. Vins affreux. 0/20.


1938 : Année moyenne. 10/20.


1937 : Très bonne. 16/20.


1936 : Année médiocre, vins maigres. 6/20.


1935 : Année moyenne. Grosse quantité. 10/20.


1934 : Très bonne année. 15/20.


1933 : Bons vins, quantité très réduite. La récolte des Premiers Crus détruite par la grêle. 14/20.


1932 : Quantité assez importante, mais qualité très ordinaire. Les raisins furent vendangés sous la pluie, à peine mûrs. 3/20.


1931 : Récolte satisfaisante en quantité. Qualité médiocre. 3/20.


1930 : Vins médiocres. Pluies continuelles, mildiou. 2/20.


1929 : Quantité et qualité. Degré élevé. N’ont pas tenu la distance. 16,5/20.


1928 : Gelée en Mai, récolte en partie détruite, sauf à Lignorelles. Qualité qui n’a pas tenu ses promesses. 13/20.


1927 : Dégâts très sérieux par la gelée déjà et la grêle ensuite. Qualité très médiocre. 3/20.


1926 : Gelée en Mai (sauf Lignorelles comme en 1928). Qualité très bonne, prix élevés en raison de la première chute du franc. 15,5/20.


1925 : Récolte de quantité, mais de qualité médiocre. 4/20.


1924 : Grosse production. Qualité moyenne. 10/20.


1923 : Gelée en Mai. Récolte très réduite. Bons vins. 15/20.


1922 : Récolte de grosse quantité comme dans l’ensemble du vignoble français, qualité médiocre, mais meilleure que l’on prétendait aux pronostics du début. 9/20.


1921 : Gelée en Mai, récolte très réduite en quantité. Degré élevé. Vins remarquables à déguster. Ici le millésime du demi-siècle. 20/20.